Rencontre : The Limiñanas / Pascal Comelade !

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Le 22 mai dernier Almost Famous se rendait chez Because Music pour rencontrer The Limiñanas et Pascal Comelade, à l’occasion de la sortie de leur album Traité de Guitarres Triolectiques (à l’Usage des Portugaises Ensablées) qui est sorti en février dernier. Je ne vous cache pas mon excitation à l’idée de les rencontrer, surtout que la veille au soir, ils jouaient à La Boule Noire, et pour le coup enchaîner un concert et une interview, avec des artistes que je suis depuis les débuts, c’était un peu Noël avant l’heure ! A l’origine je ne devais rencontrer que les Limiñanas, mais en arrivant une belle surprise m’attendait, Pascal Comelade était finalement de la partie, c’est donc toute fébrile que j’ai dégainé mon téléphone en bonne amatrice que je suis pour leur poser quelques questions dans la douceur matinale sur la terrasse du label.

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Almost Famous : Une première question que l’on doit vous poser tout le temps en ce moment mais j’aimerais bien connaître l’origine du projet entre Les Limiñanas et Pascal Comelade… à savoir comment vous vous êtes rencontrés et avez décidé de travailler ensemble ?

Et là c’est le gros blanc, sans doute la fatigue de la veille… Lionel insiste pour que ce soit Pascal qui raconte l’histoire, Pascal renchérit en prétextant le fait qu’il n’aurait pas dû être présent ce matin, ce qui est vrai… c’est marrant de les voir se renvoyer la balle mais il parait que c’est Pascal qui raconte le mieux l’histoire donc…

Pascal : Ben je vais parler du coup, paradoxe… ! Je suis là mais je ne suis pas là…

Lionel : Bela Lugosi ! à Pascal… ils sont en forme malgré tout ça charrie bien !

Gros blanc

Pascal : Qu’est ce que c’est la question ? non ils sont fatigués… je repose donc la question !

Pascal : On avait participé réciproquement à des projets. Lionel avait enregistré des guitares sur une paire de disques à moi, j’avais enregistré quelques pianos sur un titre d’un album des Limiñanas et je pense qu’il y a un an à peu près, on est tombé d’accord sur cette histoire de faire quelque chose ensemble mais ça s’est fait très rapidement… voyons… j’essaie de me rappeler – il soupire –… comment ça s’est fait…

Marie : Par Born Bad non ?

Pascal : Oui, oui c’est vrai à l’origine c’était un projet pour leur label Born Bad, quand ils parlaient de ce qu’ils avaient fait avec moi, Born Bad disait que ce serait bien d’aller jusqu’à un album ensemble. Bon on a fait cet album, il n’est pas sur Born Bad parce qu’il y avait la question contractuelle avec Because. Ça s’est fait très vite, en l’espace de 3, 4 mois, entre chez eux et chez moi, sur le principe qu’on allait faire un album de musique instrumentale avec des morceaux relativement courts basés sur le riff.

Almost Famous : ça rejoint donc ma question suivante, pourquoi un disque instrumental ?

Pascal : C’est un tout, on l’a fait à partir du riff. On recherche un riff et puis on construit l’instrumental sur le principe de clichés de musique répétitive, procédés additionnels, par étapes…

Almost Famous : Parce qu’on a l’impression d’écouter une BO de film, alors du coup je me disais que ça racontait peut-être une histoire ?

Pascal : Oui, enfin ça n’est pas le problème… C’est le problème de l’écoute de la musique instrumentale… comme la production de musique instrumentale s’est perdue ces 40 dernières années, on est en demande d’images, voilà. Je suis le mieux placé pour en parler, ça fait 40 ans que je ne fais que de la musique instrumentale qui n’a pas d’images. Mon propos le premier c’est je fais un disque de musique instrumentale, ça ne correspond à aucune image ! Mais disons que dans un second temps on vous demandera Mais t’as pas un clip, une vidéo, ce serait mieux s’il y avait de l’image. C’est tout, donc voilà il y a cette histoire là, c’est mille fois plus simple que ça, mais cette culture première c’est la musacle, la musique d’ambiance d’après guerre, la tapisserie sonore ou toute la période des années 50/60, des groupes à guitares, la surf music, le rock instrumental qui a été démesuré, et dans les années 60, les orchestres, tous types d’orchestres, les solistes ou les orchestres qui reprenaient les succès du hit-parade. Et là il y a eu une surproduction phénoménale, pratiquement toutes les semaines il y avait un orchestre qui sortait un album avec les titres du hit-parade. Ça s’est perdu, je pense, en même temps que la disparition des orchestres de bal, ça nous ramène à la fin des années 70. Dans les années 80, on était très peu à produire de la musique strictement instrumentale, c’est intéressant parce qu’aujourd’hui on peut le faire, cet album, je pense qu’on n’aurait jamais pu le faire dans les années 90… enfin on l’aurait fait mais personne n’en aurait parlé, parce que donne moi de l’image ou alors il faut faire danser, or les durées ne sont pas suffisantes. C’est un disque ambigu pour ça, il y a des titres effectivement qui demanderaient à durer 40 minutes, je serais le premier satisfait puisque j’ai une culture de musique répétitive, je suis un vieux fan d’un groupe qui s’appele NEU!, dans leur premier album, il y a un morceau qui s’appelle Hallogallo, ça doit nous ramener à 74 peut-être… ce morceau passait en discothèque dans les années 70, c’est quelque chose qu’aujourd’hui la clientèle aurait du mal à imaginer. Par exemple, dans n’importe quel Tiffany’s ou Macumba de la périphérie, au milieu de la grande daube variété, piche disco, sortait ce titre là, comme quoi la morale de l’histoire c’est que les pépites viennent d’une période où c’est même pas que tout était possible, c’est que tout se faisait et qu’il n’y avait aucune politique de compartiments, tout passait et tout était possible, mais non il n’y a pas d’images.

Lionel : On est parti sur des bases de démos qu’on avait. On a monté le disque comme ça et on a commencé à travailler les uns chez les autres et ça s’est fait comme te l’a expliqué Pascal, par couches successives. On enregistrait soit chez Pascal, on prenait les pieds d’acoustique des instruments, soit Pascal venait à la maison, on a un petit studio et on travaillait comme ça, par rendez-vous en fait, ça s’est monté rapidement je trouve, facilement. On cherchait les riffs et il y a des morceaux qui se sont intercalés au fur et à mesure du process d’enregistrement jusqu’à la fin. On est plutôt du genre à garder les premières ou deuxièmes prises, il n’y a pas d’acharnement sur l’enregistrement.


Almost Famous : Aux Limiñanas, comment s’est passée votre arrivée chez Because ?

Lionel : Nous sommes venus à Paris faire écouter le disque et Because nous a proposé de travailler avec eux, sachant que nous n’avions pas de distribution européenne, donc ça s’est présenté comme ça, tout simplement !

Almost Famous : Vous passiez par Trouble In Mind…

Lionel : On travaille toujours avec Trouble In Mind pour le reste du monde, enfin surtout pour les Etats-Unis, et avec Because pour l’Europe.

Almost Famous : Peut-être que ça va vous apporter plus de visibilité en France puisque paradoxalement vous êtes plus connu à l’international qu’en France…

Lionel : Oui, parce qu’on n’avait pas de label français…

Almost Famous : Justement, c’est un truc qui me travaille, comment un groupe qui vient de Perpignan (je viens de Montpellier et on ne peut pas dire que la scène musicale soit franchement rock garage psyché dans le coin…), est parvenu à sortir du sud pour signer avec un label de Chicago ?

Pascal : Si je peux me permettre c’est récent tout ça, ça dépend comment on considère l’histoire, si on parle sur 50 ans ou si on se préoccupe de la semaine dernière. Si on parle de l’histoire, la vraie, Perpignan et Montpellier, sont des villes rock au sens strict du terme, c’est pas des villes…

Almost Famous : Je n’ai connu Montpellier que comme une ville électro…

Pascal : ça l’est devenu pour moi, j’ai vécu à Montpellier aussi, c’est très récent. Montpellier est une ville rock. Dans les années 70, à l’époque où tout se joue, c’était une ville quand même où il y avait Les Vierges, OTH, Les Provisoires, Les Sheriff, ce n’est pas rien… mais la scène actuelle n’a rien à voir effectivement et ne vient pas de cette période là. Mais c’est général, la pratique du rock, les scènes rock, ce sont des choses qui se sont perdues dans toute la France je dirais, enfin qui sont devenues tristement marginales contrairement aux années 70. Tout ça s’est perdu à la fin des années 80. C’est en deux temps je crois, il y a eu ce revival de la chanson française via le rock dit alternatif et puis cette histoire d’électro, de techno, toutes ces choses là, qui bon je pense vont disparaître dans pas longtemps… !

Marie : Perpignan ça reste rock quand même…

Lionel : Ce qui s’est passé c’est que dans les années 90, à partir de 94/95 à peu près, il y a eu une période où sur la ville il devait y avoir 8 à 10 groupes qui faisaient du garage, dont certains qui ont signé sur des labels américains, comme les Sonic Chicken 4, qui avaient signé sur le plus beau label de Los Angeles, In The Red, qui sortent maintenant les disques des Thee Oh Sees, ce n’est pas rien quand même. Et ça ne se savait pas mais il y avait une scène importante et une grande activité dans l’organisation de concerts avec tout l’underground pur et dur américain qui venait jouer à Perpi, dans des caves. On en avait organisé par mal comme ça, en gros on a eu tout le catalogue de Crypt Records, les Oblivians ont joué dans des salles de 40 personnes, on les organisait avec des entrées à 10F, on a fait les Country Teasers, DM Bob and The Deficits… tous ces groupes venaient à Perpignan et étaient ravis parce qu’il y avait cette espèce de micro scène qui connaissait leurs disques par cœur. Evidemment, c’est un truc qui a duré 5 ans et qui est mort quand les gens qui organisaient se sont lassés de perdre de l’argent…

Almost Famous : C’est donc comme ça que vous avez créé une connexion avec les Etats-Unis ?

Lionel : Non, la connexion avec les Etats-Unis ne s’est pas du tout faite par ce biais là. C’était simplement un post, on a fait une démo 2 titres qu’on a mis sur le net et on a été signé comme ça, un coup de bol. Il y a eu 5 ans où il s’est passé énormément de trucs chez nous. Il y avait aussi une connexion avec Bordeaux puisqu’on faisait venir les TV Killers… en fait Bordeaux et Toulouse, mais bon aujourd’hui ça n’existe plus !

Almost Famous : Pourtant c’est pas mal revenu ces dernières années, le garage, le psyché…

Lionel : Curieusement, nous c’était une scène vachement vivante à l’époque où ça n’intéressait personne, c’était vraiment des concerts avec une jauge de 50 à 100 personnes maximum.

Almost Famous : Je comprends mieux comment vous êtes parvenus à signer chez Trouble In Mind…

Lionel : C’est un mail qu’on a reçu à 2 heures du matin par rapport à ces 2 titres là, ils nous ont demandé si on en avait d’autres, on a dit oui ce qui était faux, du coup on a continué à travailler parce qu’ils nous ont commandé des disques.

Almost Famous : Pascal m’a un peu parlé de ses références musicales, quelles sont les vôtres ?

Lionel : La base de ce que l’on aime c’est la musique primitive américaine des années 60, le garage punk, tout ce que tu vas pouvoir trouver sur les compilations From The Grave, pour les choses les plus écoutables sur les Nuggets ou les Pebbles. Ce qu’on appelle le Freakbeat anglais aussi, tout ce que tu trouves sur le Nuggets anglais, voilà toute cette scène là. Et aussi des groupes comme Suicide, le punk américain des années 70, les Stooges, les Ramones

Almost Famous : Ma question de disquaire, est ce qu’il y a une sortie de cette année qui vous a emballé ?

Lionel : Le seul groupe que j’écoute vraiment tout le temps aujourd’hui c’est Nick Cave and The Bad Seeds, c’est pas les perdreaux de l’année, en tout cas c’est ce que j’écoute.

Almost Famous : Et sur les scènes plus jeunes, souvent quand je pose cette question on revient surtout sur des classiques…

Lionel : Je trouve que le plus beau disque que j’ai écouté depuis 5 ans, c’est ça, le dernier album de Nick Cave. Et récent, oui, il y a JC Satan de Bordeaux, que j’adore, c’est le meilleur groupe français que j’ai vu en concert et pourtant j’en ai vu ! Dans les américains, il y a quelques années, on a vu un concert des Black Lips, que j’ai jamais revu d’ailleurs, au tout début dans un bar-tabac pourri de Perpignan, devant 50 personnes, c’est les premières tournées qu’ils faisaient, ils perdaient des bouts de matériel en jouant, ils n’avaient pas de thunes, c’était vraiment au tout début et une grosse claque aussi. Mais j’écoute plus du tout ça aujourd’hui, j’ai un peu perdu le fil de ce qu’ils font.

Almost Famous : Et le dernier disque acheté ?

Lionel : C’est le disque de Nick Cave que j’ai racheté en vinyle hier, en plus du CD. Et si, j’ai aussi acheté un disque des Dirty Three, le groupe de Warren Ellis. Sinon on écoute de la musique psyché turque des années 60 en ce moment, il y a pleins de compilations vachement biens. Il y a des labels qui font un gros boulot de réédition, de recherche sur le 45T de musique turque psyché ou de musique orientale psyché, pleins de choses intéressantes…

Almost Famous : C’est quoi la suite des projets… Because réédite votre discographie, et vous en êtes à l’heure de l’anthologie… ?

Lionel : Nous étions un peu surpris du terme employé, c’est juste une compilation des 4 albums. Là on bosse sur un nouveau disque pour Because et Trouble In Mind, qu’on voudrait sortir pour 2016 et parallèlement à ça, on va bosser sur le disque de Sarah McCoy, une chanteuse américaine, là elle enregistre. On a juste fait 2 titres avec elle car elle n’avait pas de tournée sans avoir de disque aux Etats Unis, ce qui est toujours le cas. Donc là elle enregistre et elle nous envoie les bandes, on devrait les recevoir la semaine prochaine. On rebosse les enregistrements en studio à la maison, suivant ce qu’elle nous enverra, on rajoutera des basses, des beats, des bouzoukis… et après on va mixer tout ça chez nous, et on ne sait pas chez qui ça va sortir !

Almost Famous : Vous avez aussi un projet apparemment avec Limiñana, la marque de boisson anisé ?

Lionel : Ils nous l’ont proposé il y a 6 mois, on est hyper à la bourre, il faut que je les rappelle, mais normalement oui, on devrait faire l’illustration d’un lieu où ils présentent la société qui existe depuis très longtemps. Je suis pied-noir espagnol d’origine, et c’est la bouteille qui est dans tous les placards des pieds noirs espagnols ! C’est eux qui nous ont appelé, par rapport au disque Crystal Anis et voilà… !

On a continué à discuter encore un petit moment comme ça, surtout quand j’ai découvert que Lionel avait été disquaire à la FNAC de Perpignan, c’est marrant pour moi qui suis une ancienne disquaire et qui ai aussi connu cette enseigne… On ne vous dira pas qu’ils en ont pris pour leur grade, et que ça rapproche d’autant plus quand on se retrouve face à quelqu’un qui a aussi des convictions concernant ce métier et ce qu’il est en train de devenir, on dira juste que l’issue fut la même, la fuite ! Mais on y reviendra je pense au jour, quand j’aurais suffisamment digéré toute cette période pour vous montrer la face cachée du produit culturel dans les grandes enseignes… enfin ce n’est pas le sujet, en attendant j’ai passé un moment plus qu’agréable et enrichissant, j’ai appris énormément de choses avec eux, sur l’histoire de la musique entre autres, Pascal est une véritable mine d’or, et il m’a bien calmé concernant la scène sudiste, je regrette de ne pas avoir connu les années dont il me parle, et j’en connais quelques uns qui ont fini par partir du sud à cause de ça…!

Je vous invite à découvrir, si ce n’est pas déjà fait, l’album des Limiñanas et de Pascal Comelade, Traité de Guitarres Triolectiques (à l’usage des Portugaises Ensablées)… Sinon indépendamment les uns des autres, il est hautement conseillé aussi de se pencher sur la musique de Pascal Comelade et des Limiñanas, tous deux signés chez Because Music, chez les bons disquaires je vous garantie que ça se trouve, sinon je vous invite à aller par ICI  et ICI !

Remerciements : Pascal Comelade, The Limiñanas et Lionel Carlos de la promo Because Music.

 

Author: Mag Chinaski

«La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil.» Friedrich Nietzsche

  

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