Rencontre : Laetitia Shériff, ombre et lumière !

Le 17 décembre dernier, au Nouveau Casino de Paris, c’était la soirée du label Yotanka, ce soir là, Laetitia Shériff, les Bikini Machine, et Zenzile en DJ set, étaient de la partie ! Ce soir là c’était aussi l’occasion pour Almost Famous de rencontrer Laetitia Shériff, venue défendre son dernier opus, Pandemonium, Solace and Stars (la chronique est ici).
19h, Laetitia arrive devant le Nouveau Casino, elle est la première à monter sur scène, l’heure approche, en attendant, on s’installe à la terrasse du Café Charbon, je branche le magnéto et…!

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Mag : Ton dernier album date de 2008, Games Over, peux-tu nous parler de l’enregistrement de ton  nouvel album ? J’ai vu que tu avais collaboré avec Thomas Poli (qui a aussi collaboré avec Dominique A que j’aime beaucoup)…

Laetitia : Oui en tant que musicien avec Dom en live, et là en tant que réalisateur. On a coécrit un morceau de l’album et il a fait quelques claviers aussi. Il a participé, mais très peu car il aime bien rester à sa place, on avait vu le truc comme ça, que je puisse me coller aux guitares, donc oui Thomas !

M : Et vous avez enregistré l’album à la maison ?

L : Oui, chez moi.

M : T’as un p’tit studio ?

L : C’est une maison que je loue, avec une cave. La maison s’est transformé en studio pendant plusieurs mois en fait.

M : Vous avez mis combien de temps à enregistrer tout ça ?

L : De mars 2013, avec mix… jusqu’en janvier 2014. 8 mois en plusieurs parties. Première partie, avec Nicolas Courret, qui est venu poser les batteries, ensuite cette session là a été suivie par celle de Carla Pallone, Et après, j’ai posé tout ce que j’avais à poser, j’ai enregistré toutes les voix d’un coup en fait, sur une dizaine de jours. Il y avait aussi des petits moments de pause pour bien prendre du recul. On a même commencé à partir en tournée avant la fin du mix de l’album !

M : T’as commencé direct les lives ?

L : On a commencé en septembre 2013 avec Nico et Thomas. On avait envie d’avancer, et puis y’avait aussi un truc, avant d’enregistrer l’album, je pensais vraiment pouvoir partir en live avant d’enregistrer les morceaux. Du coup, on était prêt psychologiquement à le faire, et très pressé aussi. On a commencé à répéter au mois de septembre, j’avais déjà travaillé avec Nico et Thomas en live. Pour les anciens morceaux, on a repris comme si c’était hier et on a travaillé tous les  nouveaux morceaux en essayant de respecter un peu tous les arrangements, sachant que Carla ne pouvait pas faire les violons, elle est aussi sur d’autres projets; et de revenir au trio, je pense que ça s’est placé comme ça, du coup on est parti en novembre/décembre, 12 jours, 11 dates ! Seulement à trois, sans sonorisateur, lighteur, dans des lieux cafés/concerts, salle d’expo…

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M : Pour travailler les morceaux, se faire la main…

L : Pour jouer surtout ! Parce que le studio, c’est vraiment un truc qui te met entre parenthèse, et puis surtout les donner déjà, y’a pas un truc d’exclusivité ou d’inédit.

M : C’est fait pour être partagé… Tu as changé de label, tu étais chez Fargo pour ton précédent opus, la rencontre avec Yotanka ?

L : Oui, c’est un peu compliqué parce que je travaillais avec la structure Corida à Paris. On s’est rencontré en 2003, ils avaient monté… enfin c’est Jacques Renaud en fait, qui est décédé en 2002, l’année de la sortie de mon premier album, il a monté un label pour qu’on puisse sortir l’album en nous suggérant et en nous proposant qu’on le gère nous-même. On n’avait pas les reins assez solides, à l’époque, je travaillais avec Olivier Mellano et Gaël Desbois. C’était Les Disques Wah-Wah, ils nous ont mis en contact avec le distributeur Naïve.
Du fait que Jacques soit parti, c’était assez difficile de reprendre le projet de label, je dirais que les fidèles apôtres de Jacques ont repris le relais et m’ont proposés de trouver un autre label, et ils ont pensé à Fargo, toujours avec Naïve en distribution. Il se trouve que ça ne s’est pas passé comme ça, cela a été assez compliqué. C’était vraiment une période assez difficile dans le milieu du disque. Du coup, on a eu des problèmes de communication et je suis partie de chez Corida en 2008/2009, et j’ai repris la route en solo comme je l’avais fait en 2001.
Thomas m’a permis de sortir un disque un peu particulier, des morceaux en solo, guitare baryton, dans une église à Vendôme. Il l’a sorti chez Impersonal Freedom, le label qui a aussi sorti mon dernier album, ça m’a remis le pied à l’étrier. On a refait quatre titres ensemble, j’avais envie de faire un troisième album, on était parti pour le sortir avec le label de Thomas Poli… y’a encore eu des moments assez difficiles dans le milieu du disque.
Mon tourneur François Levalet, des Tontons Tourneurs, a suggéré de faire écouter une mise à plat, je suis pas très mise à plat tu vois car il faut tout réexpliquer, tu as la fameuse phrase : « Attention, c’est une mise à plat ! » Mais quand tu écoutes un projet pour le première fois, tu écoutes pas forcément les morceaux, et là c’était le cas pour Yotanka. Ils m’ont dit, on attend la fin du mix, on se redonne rendez-vous en janvier, et on en reparle ! Vivien Govery, qui était mon correspondant chez Yotanka, voulait faire écouter le projet à toute l’équipe pour le valider. J’ai trouvé ça assez chouette, genre je prends pas d’initiative tant que toute l’équipe ne l’a pas écouté ! On est allé jusqu’au mastering avec Thomas, à Chicago, dans un studio. Et voilà ça a été le top départ ! Yotanka a apprécié le projet. Impersonal Freedom et Yotanka ont fusionné, et le distributeur Differ-Ant, Thomas avait déjà pris contact avec Boris, y’avait vraiment ce truc là qui est bien tombé finalement !
Depuis j’ai l’impression après ce premier album et cette aventure avec Corida, Jacques Renaud, même avant, à Lille, parce qu’il y a un top départ, que je peux travailler comme j’ai vraiment envie de travailler, j’ai toujours été libre, mais ce que je recherchais c’était une communication saine avec mon label ! ça prend du temps de trouver la bonne équipe !

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M : L’album, son titre Pandemonium, Solace and Stars, m’a interpellé… quel est sa signification, c’est une sorte de triptyque ? 

L : C’est devenu un triptyque et en même temps, même en essayant de chercher des familles de chansons pour que ça corresponde à tel ou tel mot, je me suis juste donnée la liberté du titre de l’album. C’est juste un encadrement, et en fait c’est la première chose que tu lis sur la tranche. ça peut donner la tendance, c’est vraiment lié aussi à tout ce que j’ai vécu, sur quoi j’ai fait un zoom ces dernières années, c’est aussi bien des choses qui sont liées à nous qu’à notre société ! Il y a ce côté symbolique, je voulais créer un paysage, le construire, le proposer, comme on peint un tableau, fait une photo, tout en essayant de nous extirper de cette réalité.

M : Tu as la réalité qui est très sombre et en même temps il y a quand même des touches d’espoir dans ton album, des choses lumineuses. Tu as les deux musicalement, t’as ce côté post rock, un peu indus parfois, qui est très dur, et à côté de ça tu as des morceaux qui sont beaucoup plus doux, plus empreint d’espoir en fait, de lumière, ça commence en douceur avec Fellow… ça m’a retournée en fait ! 

L : J’ai essayé d’oublier personne tout en me disant que si j’oubliais des choses, ce qui est possible c’est d’aller voir les gens qui ne sont plus là, de s’adresser à eux, et de trouver une manière d’aller les chercher, d’aller leur parler aussi. On a l’impression des fois que c’est plus facile de s’adresser à des gens qui ne sont plus là ou qui n’existent pas, comme le Roi du Destin ou j’en sais rien… et que les choses vont arriver, comme un souhait… bon finalement, c’est un peu olé olé tout ça (rires)
Bien sûr tout ça est mélangé, quand je dis que c’est olé olé d’utiliser l’image des morts vivants (The Living Dead), tout ça, c’est un peu téléphoné par rapport à des films qui existent dont je suis très proche, tous les films de science-fiction, d’anticipation, sont hypers parlants. Ils nous permettent d’avoir une réflexion sur le présent. Et c’est aussi des symboles qui existent depuis une éternité.

M :Les deux pendants pour moi c’était le ciel et l’enfer, j’ai pensé à William Blake…

L : Il se passe beaucoup plus de choses la nuit de l’ordre de la réflexion ou même du lâchage, etc… Plutôt du lâchage, ça dépend comment on fonctionne. Et le matin, t’es plus apte à réfléchir, après ça dépend ce que tu fais. C’est tout un panel de choses de la vie qui m’ont inspirées, d’émotions, j’essaie aussi de me désintoxiquer d’informations, c’est la chance aussi qu’on peut avoir quand on a envie et ce besoin de faire de la musique !

M : Quelles sont tes influences musicales ?

L : J’en ai pleins, je suis assez sensible aux musique amplifiées mais je peux aussi être bouleversée par… (elle réfléchit)

M : Y’a toujours des choses vers lesquelles on revient…

L : Tu fais bien de me dire ça, je reviens toujours vers des albums de Neil Young, je crois que j’ai vu le plus beau concert de ma vie, l’année dernière, aux Vieilles Charrues, il a joué pendant 2h30 ! J’étais bouleversée ! Je suis aussi de la génération Nirvana, j’aime beaucoup aussi le rock psyché, le rock progressif… et y’a vachement de groupes, ça va de Led Zeppelin, Pink Floyd, Black Sabbath, Soft Machine, Jefferson Airplane, Jimi Hendrix… je crois que je me suis un peu décrottée de ma phase Nirvana, grunge, en zoomant justement sur ce qui c’était fait auparavant. Je suis passée au classique, au jazz, à l’électro, aussi parce que je viens du Nord, j’allais souvent en boîte; donc électro minimaliste, et ceux qui vraiment auraient pu représenter le mainstream dans les années 90 début 2000.
En tout cas en musique actuelle, ce qu’on peut entendre à la radio, y’a des choses qui peuvent être vraiment chouettes, comme des choses qui peuvent être barbantes, répétitives, mais je continue d’écouter la radio, c’est important pour moi de zapper, j’aime bien les radios associatives. J’aime beaucoup les musique de films aussi, je trouve que c’est à réécouter même sans les images, certaines bandes sons, sont vraiment hypers marquantes, comme celles de Bernard Herrmann ! C’est vaste ! J’aime aussi la musique contemporaine, la musique bruitiste, la musique extrême, le hardcore ! J’ai vraiment une affection profonde pour les groupes à guitare en fait !

M : C’est quoi ton dernier coup de cœur musical ?

L : Un groupe canadien, qui est sorti chez Constellation Records, et qui est un peu en marge de ce qui peut sortir de ce label. C’est pas du tout post rock, c’est plutôt post punk, c’est Ought ! Je me suis pris un gros coup d’émotion, je les ai vu en live et c’est assez rare d’avoir ce truc où tu as écouté le morceau une seule fois, tu rentres chez toi et tu l’as encore dans la tête, t’achètes le disque et c’est merveilleux ! Il y a tout le travail du label de Geoff Barrow (Portishead), Invada, tout ce qui sort de ce label est du pain béni, et notamment le projet Beak>. L’année dernière il a fait jouer In C, l’album de Terry Riley par pleins de supers guitaristes anglais, c’est merveilleux ! Enfin voilà mais Ought, c’est vraiment le groupe de l’année 2014 pour moi ! Et par contre, le dernier album acheté c’est celui de Mermonte, pour l’offrir !

Le temps de se dire au revoir et Laetitia Shériff est partie se préparer avant de monter sur scène, pour nous livrer un concert sublime mélange de force et de douceur…! ♥

Remerciements : Laetitia Shériff pour cette interview, Vincent Bazille de la promo Yotanka, Jean-Marc Ferré pour ces chouettes photos, Sasha Alex Chacha pour la jolie photo en ton de vert, le Nouveau Casino et le Café Charbon.

 

Author: Mag Chinaski

«La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil.» Friedrich Nietzsche

  

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