Nuits Sonores 2015 : Nuit 4. Samedi 16 Mai !

Aujourd’hui, Almost Famous laisse la parole à une invitée, qui a bien voulu nous raconter sa folle nuit de samedi dernier aux Nuits Sonores 2015 à Lyon ! Pour le coup, une petite présentation s’impose… Mélomane, reporter, écrivain, parolière, philosophe, chanteuse, apprentie sorcière… Stéphanie Lopez est un peu tout ça à la fois. Après avoir longtemps écrit sur la musique et sur ses muses favorites (journaliste pour Trax, Party News, Tsugi, Le Petit Bulletin, Exit…), elle s’amuse désormais à écrire sa propre musique, que ce soit dans ses livres (essais, romans) ou par la voix d’Eva D. Lysid, singer-songwriter à découvrir.

Il était convenu de se retrouver à 23h dans la Cité Sonore, car pour des vieux comme nous, pas question de louper The Orb. La dernière fois que j’ai vu le groupe d’Alex Paterson, ce devait être dans un chill out de Londres, au siècle dernier, un temps où il était fréquent que les grosses soirées dédient l’une de leurs salles à une scène ambient avec coussins, encens, chilloms et plus si affinités psychés. Pour ce soir c’est différent. The Orb reconfiguré (Paterson et Fehlmann) prend place sur la scène d’un immense entrepôt où des rangées de boules à facettes descendent du plafond par intermittence, ce qui tombe fort à propos avec la dominante disco-vaudou qui fuse dans la musique et sur l’écran vidéo. Très bonne entrée en matière que ces volutes progressives, midtempo, où défilent d’anciens Little Fluffy Clouds, mixés entre autres stratosphères afro-dub, hypno-freak.

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Changement brutal de climat en passant dans la Halle 2 pour assister au live très attendu de The Soft Moon, à l’acmé du revival cold-wave post-punk batcave. Très sombre et très froid, donc, mais il y a de la présence sur scène, du Bauhaus dans l’air et la voix d’outre-monde de Luis Vasquez, qui vaut son hybride de Suicide et Ian Curtis (version survivor).

On ne peut qu’applaudir… mais comme on est surtout venu pour danser, on trouvera principalement notre bonheur sur le set magistral de Joy, pardon, Jon Hopkins. Pour un gars plus connu pour son travail d’orfèvre électronica que pour son aptitude à galvaniser les hangars, la manière dont il ouvre un vortex d’IDM et de sons vrille-cortex est une révélation ; une heure de bonheur qui nous agraphe jusqu’à la dernière trille sur le dancefloor de la Halle 1. Enjoy !

Après ça, autant dire que le live de Rone ne peut rivaliser en termes d’enthousiasme et d’intensité, malgré tout le bien que l’on pense de ses albums. Il faut aussi se résoudre à revenir vers une techno plus conventionnelle lorsque Laurent Garnier prend les platines, en calibrant un set de hangar en droite ligne d’autoroute. A cette heure de la Nuit la Halle 1 est à son point d’orgue, le public répond d’un seul homme aux BPM du godfather, mais la soif de découverte me pousse à changer d’air. Je me retrouve davantage dans la Halle 2, en plongeant corps et âme dans le grand mix de Rabih Beaini. Seconde révélation que ce set qui ose conjuguer tablas et acid-house, krautrock et Plastikman, essence tribale et free-sons façon Spiral Tribe. De l’aventure et de l’ouverture, à l’image de son parcours entre Berlin et Beyrouth.

Il est 5 heures, ce sont des choses qui arrivent, et la minute de silence dans la Halle 1 signifie qu’il va bientôt falloir débarrasser le plancher. Mais le petit moment de rab’ que Nuits Sonores laisse à Laurent Garnier se savoure comme la dernière gorgée d’un élixir de jouvence. La fatigue attendra la fin de Vapour Space et de l’inoxydable Gravitational Arch Of 10, qui signe la teneur du Encore : old school ! Les cloches de Jeff Mills retentissent pour un bouquet final qui prend des couleurs et de la rondeur ; les beats 4/4 bien ancrés au sol offrent toute la structure pour permettre aux boucles obsédantes de faire un dernier coucou aux étoiles.

Circulez, y’a rien à voir !

Musicalement, donc, cette Nuit 4 fut incontestablement riche et ponctuée d’heureuses découvertes. Rien à redire sur l’ensemble du contenu artistique. Par contre au niveau de l’ambiance générale, j’aimerais beaucoup qu’on m’explique pourquoi, dans un hangar blindé où l’artiste qui officie sur scène est un DJ, donc une personne qui n’offre aucun spectacle – et parfois même aucun visuel en background (le cas fut particulièrement notable pendant le set de Laurent Garnier), pourquoi diantre y a-t-il alors 9950 personnes sur les 10000 présentes (à la louche, hein, j’ai pas compté) qui dansent face au DJ, en regardant obstinément la scène ? Quel est l’intérêt, quand on vient a priori pour danser et partager un moment de liesse collective, de se retrouver massé au milieu d’une forêt de nuques et de crânes ? La fête ne serait-elle pas plus chaleureuse, ouverte, propice au partage et aux échanges humains si les gens dansaient autrement qu’en se tournant le dos ? Ça sert à quoi de mater un DJ posté à des dizaines de mètres plutôt que de s’ouvrir aux personnes et aux situations qui nous entourent : à éviter de croiser le regard des gens qui vous côtoient, comme lorsqu’on est entassé dans un métro aux heures de pointe ? A s’enfermer dans sa bulle individuelle ?…

Je pose la question, car depuis la nuit des temps les hommes se retrouvent pour danser, festoyer, partager – quelle que soit l’époque ou l’intention dans laquelle on se met à gigoter. Profane ou sacrée ; culturelle, rituelle ou simple exutoire pour la déconne, la récré. Car oui, qu’il s’agisse d’un sabbat médiéval, d’un mariage créole, d’une boum teenage, d’un bal populaire, de bacchanales, de farandoles, ou, plus près de nous, des clubs mythiques où est née la house music, la réussite d’une soirée où l’on danse ne vient-elle pas d’abord du fait que les gens s’amusent ensemble, communiquent et festoient en appréciant la libre circulation des corps et des énergies ? Quid de ces mouvements perpétuels qui rendent l’individu plus ouvert, plus vibrant – et pour tout dire plus conscient de lui-même même et de l’instant présent ?

Faire circuler l’énergie plutôt que de faire une fixette sur une scène où rien d’autre qu’un mix ne se produit : Laurent Garnier lui-même n’approuverait-il pas ce revirement d’échanges, pour que le dancefloor retrouve un meilleur feng shui ? Quand on a connu les Wake Up du Rex Club, on peut se demander, franchement… Est-il bien réjouissant que les gros festivals électro aient réussi à créer le premier type de rassemblement où des milliers de gens dansent en se tournant le dos ?

Stéphanie Lopez

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Author: Mag Chinaski

«La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil.» Friedrich Nietzsche

  

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